Gérer la jalousie en libertinage : ce qu’on ne vous dit pas

Il y a un truc qu’on n’entend jamais dans les témoignages « parfaits » sur le libertinage : la jalousie ne s’en va pas. Elle change juste de visage. Voici comment elle se manifeste chez nous et surtout, comment on fait avec : concrètement, pas en théorie.

Le mythe à déconstruire

Il y a une idée reçue tenace sur les couples qui pratiquent le libertinage : celle des « vrais » libertins, ceux qui auraient dépassé la jalousie une fois pour toutes, comme un cap qu’on franchit et qu’on ne repasse plus jamais. Dans la réalité, ce n’est pas comme ça que ça se passe. La jalousie ne disparaît pas : elle se déplace, elle change de forme, elle se fait plus rare peut-être, mais elle reste un des ressentis les plus fréquents pour un couple qui pratique, même après des années.

Ce n’est pas un échec ni un signe qu’on « ne sait pas encore » pratiquer. C’est une composante normale du libertinage en couple et prétendre l’inverse ne rend service à personne, surtout pas aux couples qui débutent et culpabilisent de la ressentir.

Ce qu'on a vécu, chacun de son côté

Cédric : « Ce n’est pas de voir Aline avec un autre homme qui me dérange. C’est plutôt une question de timing : je me suis absenté aux toilettes et en revenant, Aline était en train d’embrasser l’homme du couple avec qui on avait sympathisé. C’est très bien en soi, mais ça m’a fait tiquer : pourquoi attendre que je sois parti, alors qu’ils auraient très bien pu le faire devant moi ? Ce n’est pas l’acte qui me pique, c’est l’idée d’avoir été mis à l’écart d’un moment qui aurait pu se partager. »

Aline : « Je n’y voyais pas le mal, ça s’est fait comme ça, sans arrière-pensée. Mais j’entends ce que ça a pu déclencher chez lui et c’est typiquement le genre de truc qu’on ne verrait jamais si on n’en parlait pas après. »

Aline : « Ma jalousie à moi, c’est plutôt quand j’ai eu l’impression que Cédric me comparait, physiquement, à la femme avec qui il venait de jouer. Un regard qui traîne un peu trop, un commentaire anodin mais mal placé : rien de dramatique sur le coup, mais ça reste, et ça peut vite miner la confiance si on n’en parle pas. »

Cédric : « C’est là que le débrief sert vraiment à quelque chose. Ce n’était jamais volontaire de ma part, mais je comprends que ça puisse se ressentir comme ça de l’extérieur : un regard qui s’attarde un peu plus longtemps que nécessaire, sans que j’aie moi-même conscience de l’effet que ça produit. Depuis qu’on en a parlé, j’y fais beaucoup plus attention. »

Ce qui aide concrètement

Chez nous, le débrief est systématique, en deux temps. Un premier à chaud, dans la voiture en rentrant : les impressions sont encore fraîches, rien n’a eu le temps de s’installer ou de se déformer. Un second à froid, le lendemain, souvent pendant notre sortie course à pied : ce moment permet de revenir sur ce qui, avec un peu de recul, mérite encore d’être creusé.

Nommer la chose sur le moment, quand c’est possible, reste préférable : ça évite qu’un petit accroc n’entache le reste de la soirée. Mais ce n’est pas toujours réaliste et c’est précisément pour ça que le débrief compte autant : il rattrape ce qui n’a pas pu être dit dans l’instant.

Le principe qu’on applique : chaque moment de jalousie, ou chaque attitude qui passe mal pour l’un ou l’autre, doit déboucher sur un ajustement concret, pas juste être entendu puis oublié. C’est ce qui fait qu’on avance, plutôt que de rejouer indéfiniment les mêmes frictions.

La compersion

La compersion, c’est ce sentiment de joie ressentie en voyant son ou sa partenaire prendre du plaisir avec quelqu’un d’autre, parfois décrite comme l’inverse de la jalousie. Chez nous, la grosse majorité du temps, on est heureux pour l’autre du plaisir pris, pas de composer avec, pas de tolérer, mais une vraie joie pour l’autre.

Cédric : « Il m’est arrivé de prendre du recul pendant une soirée, juste pour regarder Aline jouer avec un homme. Je suis quelqu’un qui aime être actif, donc ce n’est pas mon réflexe naturel de rester en retrait. Mais dans ces moments-là, je peux prendre autant de plaisir à la voir prendre du plaisir qu’à participer moi-même. Ce qu’on aime par-dessus tout, c’est d’entendre l’autre prendre son plaisir, ou en donner à sa ou son partenaire. »

C’est ça, la compersion, quand elle arrive : pas un but qu’on se fixe, ni une preuve qu’on « pratique bien » le libertinage. Un état qui se présente, parfois, sans qu’on l’ait cherché et qui coexiste très bien avec les moments de jalousie du début de cet article. Les deux ne s’excluent pas : la jalousie ponctuelle et la joie sincère pour l’autre font partie de la même réalité.

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